
English
Seghal forbids any photographic documentation of his work; his pieces can only be experienced or told. Once the show is over, they become memories or rumours - not always accurate.
At the show’s entrance I meet a little girl, seven or eight years old. She looks at me very seriously, then asks: ‘What is art?’ As I babble the beginning of an answer, she takes my hand and guides me through the ICA’s empty lower gallery. The youth of my interlocutor forces me to look for plain words, for precise explanations, and to forget the theoretical jargon. I’ve no idea if she understands what I’m saying, but she’s listening intently. I can feel her big blue eyes upon me.
As often in Sehgal’s work, the viewer is up against the wall, forced in this case to answer a question usually dismissed because too simple or too difficult. The little girl disappears, and I’m now on the first floor, arguing the toss about the qualities of an artist – Picasso perhaps, or Goya – with a middle-aged man. I’m highly aware of the mechanism set up by Sehgal and of the artificiality of the exchange, but I can’t help thoroughly enjoying it. The art world, often so consensual, doesn’t really encourage passionate conversations. Third floor: I’m with an old man who compliments me on I-don’t-remember-what before taking me through back corridors and almost pushing me outside. Alone on the Mall, I feel like I’ve just woken up.
Tino Sehgal
Born England, 1976
Lives and works in Berlin
www.mariangoodman.com
Français
Tino Seghal interdit toute documentation photographique de son travail. L’œuvre ne peut être que vécue ou racontée. Une fois l’exposition terminée, elle n’est que rumeur ou souvenir… plus ou moins précis.
A l’entrée de l’exposition, je rencontre une petite fille de sept ou huit ans. Elle me regarde gravement, puis demande : "Qu’est-ce que l’art ?" Pendant que je bafouille un début de réponse, elle me prend la main et me guide à travers la première salle vide de l’ICA. La jeunesse de mon interlocutrice me pousse à chercher des mots clairs, des explications précises, à oublier le jargon théorique. Je ne sais pas si elle me comprend, mais elle écoute intensément. Je sens ses grands yeux bleus fixés sur moi.
Comme souvent dans les œuvres de Sehgal, le visiteur est au pied du mur, comme ici forcé de répondre à une question souvent évitée parce que jugée trop simple, ou trop complexe. La fillette disparaît. Je me retrouve au premier étage, discutant âprement les mérites d’un artiste, peut-être était-ce Picasso ou Goya, avec un homme entre deux âges. Bien que consciente du mécanisme mis en place par l’artiste et de l’irréalité de notre conversation, je ne peux m’empêcher de jubiler. Le monde de l’art souvent si consensuel, n’encourage pas vraiment les échanges passionnés. Troisième image : je suis avec un vieil homme qui me complimente sur je ne sais quoi avant de m’entraîner vers des couloirs dérobés et de me pousser presque dehors. Seule sur l’avenue du Mall, j’ai l’impression de me réveiller.
Tino Sehgal
Né en Angleterre en 1976
Vit et travaille à Berlin
www.mariangoodman.com